Mardi 5 septembre 2017 19h30 | Coopérative Paradis

Synopsis
Dans l’effervescence de la capitale chilienne Santiago, pendant les années 1940 et 50, « Alejandrito » Jodorowsky, âgé d’une vingtaine d’années, décide de devenir poète contre la volonté de sa famille. Il est introduit dans le coeur de la bohème artistique et intellectuelle de l’époque et y rencontre Enrique Lihn, Stella Diaz, Nicanor Parra et tant d’autres jeunes poètes prometteurs et anonymes qui deviendront les maîtres de la littérature moderne de l’Amérique Latine. Immergé dans cet univers d’expérimentation poétique, il vit à leurs côtés comme peu avant eux avaient osé le faire : sensuellement, authentiquement, follement.

CRITIQUE CINÉMA
«La poésie sans fin»: Le sang d’un poète

Le vénérable Alejandro Jodorowsky poursuit sa flamboyante autobiographie filmique
par Manon Dumais 

★★★★

Trois ans après avoir raconté son enfance à Tocopilla dans La danza de la realidad, Alejandro Jodorowsky (El topo, Santa Sangre) relate cette fois son adolescence et sa vie de jeune poète, de son arrivée à Santiago jusqu’à son départ pour Paris. D’emblée, on renoue avec le trio familial du précédent volet : Alejandrito (Jeremias Herskovits), sa mère Sara (Pamela Flores), qui s’exprime en chantant l’opéra, et son père Jaime (Brontis Jodorowsky, fils d’Alejandro), petit commerçant spécialisé dans la lingerie féminine.

Faute de budget pour la reconstitution d’époque, l’artiste chilien installe de grandes photographies noir et blanc devant les édifices de son quartier d’enfance, poussant l’audace jusqu’à y faire défiler un train de carton. Du coup, la facture artisanale renvoie au théâtre jeunesse. Peu après défilent des clowns aux masques macabres, des nains vêtus de couleurs vives et des policiers montés sur des échasses qui forment une sarabande digne des plus folles fêtes foraines.

Chez les Jodorowsky, le coeur n’est toutefois pas à la fête : le fils rêve d’être poète, le père rêve que son fils devienne médecin. Devenu jeune homme, Alejandro (Adan Jodorowsky, fils d’Alejandro et compositeur du film) rompt brutalement avec sa famille en coupant symboliquement l’arbre généalogique. Peu après, l’aspirant poète est hébergé par deux soeurs dans une grande demeure où logent différents artistes. Un soir, il rencontre la poétesse Stella Diaz Varin, qui devient sa muse, bien qu’elle soit la maîtresse du poète Nicanar Parra (Felipe Rios).

Sous la perruque rouge et le lourd maquillage de Stella se cache l’actrice qui incarne la mère du poète. Eh oui, Jodorowsky n’hésite pas à nous emmener sur son divan en donnant à cette passion tumultueuse une connotation oedipienne qui se joue dans un bar au décor minimaliste où se meuvent lentement des garçons de table très âgés. Plus tard, Alejandro trouvera en la personne du poète Enrique Lihn (Leandro Taub) un frère. À l’instar de ses histoires d’amour, les amitiés du poète seront mouvementées, marquées par la trahison et la rivalité.

Des clichés ?

Autoportrait du cinéaste en jeune poète, La poésie sans fin n’offre certes pas une image mièvre de la vie d’artiste. Bien au contraire. Par endroits, on pourrait même reprocher à Jodorowsky de se complaire dans les clichés de l’artiste écorché vif, du poète maudit crève-la-faim crachant avec emphase sa haine d’une société insensible à son oeuvre. Par ailleurs, le jeu déclamatoire des acteurs n’est pas sans renforcer cette impression.

Et pourtant, alors que l’odyssée d’un kitsch totalement assumé tire vers sa fin, l’émotion se pointe enfin au rendez-vous tandis que Jodorowsky rend un hommage senti à ses parents. D’un baroque fellinien, d’une imagerie surréaliste et d’une ambiance circassienne, La poésie sans fin s’avère une fastueuse et flamboyante célébration de la vie où plane la mort, doublée d’une ode virulente et sans concession à la création. Bref, voilà un ovni cinématographique où poésie, théâtre, danse et peinture se fondent dans un univers aux excès aussi fascinants que déroutants.

Poésie sans fin

de Alejandro Jodorowsky

Poésie sans fin
Fiche technique
  • Année 2017
  • Genre Fiction
  • Pays France
  • Langue Espagnol
  • Sous-titres Français
  • Durée 128 minutes
  • Réalisation Alejandro Jodorowsky
Tarifs
  • 7 $ régulier
  • 6 $ réduit
  • gratuit 12 ans et moins
Billetterie